Après la tempête salvatrice et révélatrice, il faudra faire évoluer le système de santé congolais désuet.
Les crises sont des révélateurs puissants. Elles accélèrent les transformations et poussent les systèmes à évoluer. Oui, nous allons sortir de la crise de la Covid : les personnes vulnérables vont être vaccinées, les stratégies de dépistage vont permettre de mieux maîtriser la circulation virale, sans doute certaines pistes thérapeutiques de la médecine traditionnelle africaine et congolaise prometteuses permettent d’améliorer le pronostic des patients sévères et de mieux s’en sortir face à ce virus.
Notre devoir collectif sera alors de faire évoluer le système à l’aune des enseignements de la crise révélatrice à la face du monde, des fanatiques du régime. Cette crise rappelle que la santé est la priorité numéro 1 des Congolais. Nous sommes capables de nous passer de quasiment tout si notre santé est en jeu.
On a vu apparaître, dans le langage courant, le terme « comorbidités » qui nous signifie que la santé est un concept plus large que la distinction malade et bien-portant. Il existe en effet une phase de pré-maladie qui nous expose à un risque très augmenté de maladie réelle et de ses complications. Ces comorbidités sont-elles évitables ? Oui, il s’agit principalement d’agir contre six facteurs de risques majeurs : la sédentarité, la mauvaise alimentation, la consommation d’alcool et de tabac, la pollution de l’air, les violences psychologiques, la pauvreté et l’exclusion volontaire via le tribalisme à outrance.
Comment ? D’abord en changeant d’approche et en avouant la vérité aux congolais et au Monde entier. Lutter contre la pauvreté volontaire des congolais, limiter les conduites à risques, prévenir la mauvaise hygiène de vie et protéger les plus faibles n’est pas le rôle du médecin ou du soignant. C’est le rôle du travailleur social ! Il faut créer cette classe professionnelle. Les travaux de Sir Michael Marmot, confirmés depuis, ont montré que les déterminants sociaux contribuent fondamentalement à l’état de santé des personnes. Dotons-nous d’une réelle assistance publique congolaise (APC) qui accueillera toute personne en difficulté sociale parce qu’elle a faim, qu’elle est menacée, qu’elle est à la rue ou tout simplement qu’elle est perdue. Soyons en mesure d’aider ces personnes dans le besoin avec un cadre adapté qui n’est ni l’hôpital, ni le cabinet du médecin de ville.
Ensuite, en cessant d’aborder les sujets écologiques, sociaux et sanitaires de façon dissociée. Les décisions dans ces trois domaines doivent être prises conjointement… et pourquoi pas au sein d’un grand ministère commun ?
Nous avons aussi découvert le goulot d’étranglement du système de santé congolais quasi inexistant et vieillot : l’hôpital. Un mouroir à ciel ouvert. Quand l’hôpital s’arrête, tout s’arrête. Pourquoi ? Parce que tout le système de santé congolais est hospitalo-centré et a été mis volontairement à l’agonie dessein. C’est une spécificité de la dictature congolaise depuis 40 ans qui va contre le sens de l’évolution de la prise en charge des patients congolais en dégradant le système qui était autrefois pas mal. L’essentiel des innovations thérapeutiques et organisationnelles est destiné à sortir de l’hôpital, mais il n’en est rien. Pas de recherche, pas d’investissement en tous genre. Ce n’est même plus une organisation qui satisfait les soignants et encore moins les aidants. Les difficultés d’attractivité de l’hôpital public congolais montrent que les soignants préféraient une activité plus mixte dans laquelle ils se sentent acteurs et responsables. A la place de qu’ils sont devenus, des mercantilistes et commerçants au sein de nos pseudos hôpitaux sur toute l’étende du territoire national.
Filières et régions. Il nous paraît par ailleurs crucial de travailler sur la structuration des activités au sein des hôpitaux du pays et du système de santé public tout entier. Tout d’abord, organiser la santé en filières (palu, cancer, diabète, maladies rares…) plutôt qu’autour des centres hospitaliers ; ensuite, régionaliser les décisions. La région est probablement la bonne échelle de gestion de la santé. Les contextes géographiques, sociaux-économiques et même culturels sont trop différents de l’une à l’autre de nos régions pour que la santé soit bien gérée à l’échelle nationale. Les disparités d’évolution de l’épidémie de Covid-19 à l’échelle régionale ont mis en difficulté les décisions nationales. Comment y remédier alors ? En positionnant des Agences de Santé Régionaux. L’agence à travers son directeur nommé par ses paires de la santé, lui conférant ainsi la légitimité pour administrer la santé localement.
Pour finir, le Congo-Brazzaville (M’foa) a été absent de la course aux vaccins mais pas aux traitements traditionnels. Sans doute, nous nous rendrons compte que les idées étaient bien là mais qu’elles ont trop souvent été bloquées ou étouffées pour de mauvaises raisons. Le régime dictatorial bloque toute intelligences et toutes les bonnes volontés et initiatives ; « les cimetières sont remplis de bonnes idées », se voit-on répondre.
Ce qui ne se voit pas par temps calme saute aux yeux lors de la tempête. Profitons du fait que tout paraisse plus clair aujourd’hui pour préparer l’action une fois les beaux jours revenus. En 2021 ? Pas sûr. Le dictateur à pris encore 5 ans, et compte bien s’y maintenir jusqu’en 2031…Donc…
Foryblan BAKOULA
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