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Leader Politique - Foryblan Dash BAKOULA. K

Congo : Luttons contre le décrochage scolaire de nos jeunes

18 Juin 2013 , Rédigé par Son Excéllence Foryblan Dash BAKOULA, Chargé de Mission, Travail, Emploi, Formation professionnelle, dialogue social, entrepeneuriat.

Alors que les bacheliers vont bientôt planchés sur les épreuves du baccalauréat 2013 au Congo, après une longue grève qui risque de coûter cher aux résultats, combien parmi eux ne croient pas à leur chance de succès ? Combien ont décroché cette année ? Lutter contre le décrochage scolaire, les intellectuels du Think Tank Génération Tangible se sont penchés dessus, en faisant une priorité.

Le décrochage est l'un des maux de notre école sous l’ère Sassou-Nguesso depuis trente cinq ans maintenant. Chaque année environ 200 000 jeunes congolais sortent de notre système scolaire sans diplôme. Le volume insoutenable de ces "sorties précoces" rend absolument nécessaire la lutte contre l'abandon scolaire maintenant, mais surtout après le départ de Sassou-Nguesso et sa bande.

Cependant, notre pays n'est pas le seul à avoir des difficultés liées au décrochage et dans tout le continent Africain - comme en Europe - l'abandon scolaire apparaît comme un révélateur des inégalités sociales et du manque d'efficacité des systèmes éducatif. Il est pour nous désormais une priorité nationale, quelques mesures efficaces mises en place en Amérique du Nord pourraient nous aider à envisager de nouvelles solutions pour améliorer la réussite de tous les élèves congolais.

Il faut une réelle prise de conscience des congolais à tous les niveaux

Le décrochage, un phénomène commun dans les économies développées, phénomène très connu connu en Europe depuis la « massification » scolaire des années 1980. Les Etats-Unis furent eux concernés par les écarts de réussite éducatifs assez tôt, au début des années 1960 - malgré un taux de scolarisation dans le secondaire supérieur aux pays européens. La lutte contre le décrochage devint ensuite particulièrement en vue en 1983 en occident. Au Congo, c’est dès le début qu’il nous faut attaquer ce mal, plutôt que de lutter contre les origines complexes et multifactorielles du décrochage, qu'elles soient d'ordre social, psychologique ou autre, il s'agira plutôt de lutter et de surveiller les manifestations du décrochage des jeunes congolais.

Parmi celles-ci, l'absentéisme en est le premier symptôme. En ce sens, il sert de "signal d'alarme" pour un certain nombre d'élève qui commencent à perdre pied dans leur parcours scolaire. Ceci notamment pendant un nombre restreint de périodes critiques : il s'agit surtout de la fin du collège (cela correspond pour certains élèves –souvent- pour la majorité des autres à une période d'orientation - particulièrement problématique lorsqu'elle est subie). Au lycée, les périodes de rupture continuent de se situer lors des périodes de transition (particulièrement dans la première partie de l'année scolaire) et le plus souvent dans des établissements sensibles (publics) abandonnés par l’Etat.

Le manque d'engagement scolaire prédispose du décrochage

En plus de l'absentéisme, les autres signaux assez prédictifs du risque de décrochage des jeunes congolais sont les indicateurs d'ordre académique. En effet, il est essentiel de rappeler que des compétences de base déficientes (calcul, lecture, écriture) et un manque d'engagement scolaire constituent des barrières importantes à l'obtention d'un diplôme. Il est par exemple prouvé que le manque d'engagement scolaire est un facteur plus prédictif du décrochage que les antécédents sociaux des élèves congolais. A ce titre, la place du primaire dans la lutte contre le décrochage est essentielle pour nous nous à la Génération Tangible. En effet, l'abandon scolaire est un processus long et les élèves à risque connaissent déjà l'échec au primaire - tel que le redoublement en CP ou de faibles résultats aux évaluations de CE1 et de CM2 - qui souvent s'amplifie au collège.

Des indicateurs simples tels qu'une faible assiduité scolaire ou de mauvais résultats sont ainsi particulièrement surveillés aux États-Unis car ils révèlent des situations d'élèves fragiles qui risquent de devenir décrocheurs. C'est donc sur eux qu'il convient de focaliser les efforts de la communauté éducative congolaise, et ce dès que des signaux d'alarme apparaissent.

Développer le rôle des établissements dans la lutte contre le décrochage

Au Congo, depuis toujours, sus l’ère Sassou-Nguesso, le décrochage n’a jamais été une préoccupation, donc, jamais traité à l'échelon national. L'abandon scolaire est ainsi une priorité pour nous au Think Tank Génération Tangible, tout comme il est "cause fédérale" aux USA. Outre- Atlantique, deux grandes réformes ont tenté de lutter contre le décrochage scolaire : le "No Child Left Behind Act" de Georges Bush Jr (2002) et le programme "Race to the Top" de Barack Obama (2009). Ces deux réformes mettent l'accent sur un pilotage par les objectifs et les résultats - ce qui avait commencé à être mis en place par le gouvernement de Nicolas Sarkozy en France - avec des plans de performance annuels (dans lesquels de nombreux indicateurs concernaient les taux de décrochage, les taux d'accès au diplôme, etc.). Nous allons aller dans le même sens, tout en travaillons sur notre modèle.

Cependant, le traitement du décrochage des jeunes congolais est aussi pertinent au niveau des établissements. Plus particulièrement, un ensemble de mesures semblent efficaces partout où elles ont été engagées. Parmi celles-ci, on peut citer notamment des systèmes "d'alarme" permettant de surveiller les principaux indicateurs de décrochage (absentéisme en hausse, résultats en baisse ou encore une plus grande fréquentation de l'infirmerie), mais aussi un accompagnement fort des élèves aux moments critiques de la scolarité et une meilleure orientation. Cette prévention nécessiterait au Congo une nouvelle définition des missions des acteurs de l'éducation. Par ailleurs, une plus grande autonomie laissée aux établissements permettrait de développer un "leadership" d'établissement fort - prenant notamment appui sur un pilotage par l'évaluation basé sur des données fiables et identiques - mais aussi une collaboration plus grande des établissements avec d'autres partenaires et les parents d'élèves.

Des dispositifs au plus près des élèves "à risque"

Au niveau pédagogique, avoir des équipes stables et impliquées reste essentiel, tout comme l'existence d'une bonne formation des enseignants congolais et des programmes d'enseignement rigoureux et clairs. Ce qui est très loin d’être le cas actuellement. L'apport de la recherche doit être valorisé, centralisé, ainsi que la personnalisation de l'enseignement et surtout la création de dispositifs de tutorat et de mentorat qui auraient pour fonction de guider les élèves identifiés comme « à risque ». Loin de servir à coller des étiquettes, il s'agit plutôt de donner à un élève congolais une chance de pouvoir relancer son parcours scolaire avant que les difficultés ne soient trop lourdes à rattraper. Les dispositifs qui ont ainsi fonctionné dans les établissements américains reprennent toutes ces mesures, en totalité ou en partie, et sont centrés sur l'élève et son parcours scolaire.

Le décrochage de nos jeunes congolais est donc finalement plus un processus qu'un événement : de mauvais résultats scolaires à l'école élémentaire, l'absentéisme ou une délinquance juvénile (sexe, drogue, alcool) sont des bons indicateurs du risque d'abandon scolaire, notamment lors de ruptures de parcours et des transitions. Il reste donc essentiel au Congo d'établir des alarmes concernant l'absentéisme - des systèmes d'alerte précoce - permettant de créer des parcours plus adaptés aux situations de chacun tout en mettant en place des aides pour les élèves fragiles. Seule une mise en place volontaire d'un certain nombre de ces pratiques nous permettra de prévenir le décrochage scolaire de nos jeunes au Congo. S’inspirer de ce qui a fait ses preuves ailleurs.

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